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Pas de place pour les gays au Yémen

dimanche 18 août 2013admin

Alors qu’il se prépare à aller à un café à Sana’a, la capitale du Yémen, Husam cache ses longues tresses dans son bonnet avant de monter à l’arrière de la voiture de son ami.

Ca ne va toujours pas, lui dit son ami, regardant par le rétroviseur ce que ça donne. Husam enfonce encore un peu plus ses cheveux. Après un court trajet, ils s’arrêtent à un poste de contrôle, un des nombreux à surveiller l’important trafic de Sanaa. Un soldat saisit une torche, la pointe sur Husam. Ses longs cils clignent sous la lumière.

Husam, maintenant âgé de 19 ans, a quitté sa famille pour de bon il y a un an, après voir passé la plupart de son enfance en quasi état de résidence surveillée chez lui. Ma famille n’aimait pas mon look (efféminé), a-t-il déclaré à IPS.

Concrètement, a déclaré à IPS Brian Whitaker, ancien rédacteur en chef au Moyen-Orient du Guardian et auteur de “l’amour indicible : la vie gay et lesbienne au Moyen-Orient”, le plus gros problème est plus l’attitude des familles et de la société que la loi elle-même.

Ce n’est pas facile d’être homosexuel au Yémen. La société conservatrice du pays ne leur laisse pas de place, la loi voit l’homosexualité comme un crime punissable de la peine de mort, tandis que les extrémistes prennent les choses en main eux-mêmes, et tuent les gays.

Huit hommes ont été tués dans les rues du Yémen ces derniers mois à cause de leur homosexualité. Les assassins sont soupçonnés d’être des membres d’Al-Quaïda dans la péninsule arabique (AQAP). Contrôlant la plus grande partie sud du Yémen, les membres d’AQAP sont libres d’imposer leur propre loi aux habitants.

Et tuer des personnes avec des orientations homosexuelles fait partie du mandat qu’ils se sont auto-attribué.

Un officier de sécurité, et résident de la région de Al Huta dans la province de Lahj, à quelques 350 km au sud-est de Sanaa, a confirmé à IPS que trois jeunes avaient été tués par AQAP récemment. Les familles de ces jeunes homosexuels ont alerté les autorités, mais aucune action n’a été entreprise.

Ansar al-Sharia a entrepris de les éradiquer (les homosexuels), mais le gouvernement n’a pris aucune mesure a déclaré l’agent de sécurité sous couvert d’anonymat. Il y a également eu des meurtres similaires l’année dernière, a-t-il ajouté, mais ils n’ont pas été signalés.

La loi yéménite est régie par les principes de la charia. En vertu de cette loi islamique, la peine pour sodomie est une centaine de coups de fouet pour chaque partenaire s’ils sont célibataires, avec emprisonnement pouvant aller jusqu’à un an, a déclaré Ahmed al-Hasani, un écrivain yéménite et diplômé en droit. Si les délinquants présumés sont mariés, le châtiment est la lapidation à mort.

La peine pour lesbianisme est un emprisonnement ne dépassant pas trois ans.

Cette criminalisation de l’homosexualité a conduit des associations internationales de défense des droits de l’homme à appeler le gouvernement yéménite à mettre fin aux lois qui condamnent les relations homosexuelles. L’association internationale Human Rights Watch (HRW) a annoncé avoir soulevé la question auprès du gouvernement yéménite.

Letta Tayler, chercheuse senior chez Human Rights Watch, a déclaré à IPS : Nous avons soulevé cette question par écrit et plaidé cette cause dans des réunions avec les autorités gouvernementales yéménites, mais nous n’avons reçu de leur part aucun engagement à modifier la loi.

Le comité des droits de l’homme de l’ONU, ainsi qu’Amnesty International ont également interpellé le gouvernement yéménite pour qu’il retire ces lois qui prévoient, ou pourraient entraîner des poursuites et des condamnations de personnes sur la base de leur orientation sexuelle.

Fouad al-Ghaffari, collaborateur du ministre des droits de l’homme yéménite, a déclaré que le ministre n’avait pas eu connaissance de ces interpellations de la part des organismes internationaux.

Nous n’avons pas de gays au Yémen a-t-il dit, réitérant la position officielle sur le sujet.
La culture du déni se poursuit au service des plaintes du ministère, où un fonctionnaire a déclaré qu’il n’avait pas connaissance de poursuites ou de détention de personnes homosexuelles.

Pourtant, jusqu’à 316 gays ont été arrêtés ces deux dernières années pour des accusations d’homosexualité, selon des rapports officiels obtenus par IPS auprès d’une source anonyme des forces de sécurité.

Ces arrestations ont été réalisées dans 18 des provinces du pays, et concernaient 95 cas en 2011 et 63 en 2012. Chaque cas, a précisé l’officier de sécurité, a entraîné l’arrestation de deux homosexuels.

La simple prise de parole en faveur des personnes LGBT est considérée comme un blasphème au Yémen, et traitée comme un crime. Les associations locales de défense des droits de l’homme travaillant dans la communauté LGBT doivent opérer dans l’anonymat. L’homophobie amène ses propres contraintes, comme pour ce groupe qui a essayé de sensibiliser la population au VIH, y compris chez les gays.

Créé en 2007, ce groupe évalue à 35.000 les personnes vivant avec le VIH au Yémen, mais il n’y a pas de statistique officielle pour les homosexuels. Leur programme de sensibilisation consiste à offrir des cours gratuits de formation pour la prévention des maladies sexuellement transmissibles, y compris le VIH, et à réaliser des tests gratuits de dépistage.

Mais, comme le souligne un responsable de ce groupe, la majorité de la communauté gay n’a aucune idée des risques sanitaires qu’ils encourent. Le taux d’analphabétisme [parmi les homosexuels] est élevé ; il y a des homosexuels qui n’ont aucune idée de ce qu’est un préservatif.

Etre visible est la première étapeAla’a Jarban, un jeune militant de 23 ans, a révélé son homosexualité il y a quelques mois sur son blog. A l’avant garde du mouvement des jeunes de 2011 dans son pays, Jarban est maintenant réfugié au Canada, où il demande l’asile, payant ainsi le prix de sa franchise.

Je suis en colère contre toute cette violence institutionnelle contre notre propre existence avait-il écrit sur son blog, en colère pour avoir été condamné à mort par des inconnus, par ceux au pouvoir au gouvernement.

Bien que beaucoup de commentaires aient été hostiles envers Alaa, ce genre d’action aide à casser le tabou de l’homosexualité et, sur le long terme, peut amener la population à remettre en cause l’homophobie a déclaré Whitaker.

Lui, comme d’autres, espèrent que la nouvelle constitution yéménite qui se prépare pendant la période de transition de deux ans, comprendra des clauses relatives aux droits de l’homme.

Mais le comité chargé de recevoir les propositions et de recommander des lois sur la liberté et les droits des personnes affirme que personne n’a pour l’instant amené le sujet du droit des homosexuels.

Personne n’a suggéré que nous prenions en compte les droits des homosexuels, et nous-même ne l’avons pas fait a déclaré à IPS Arwa Othman, présidente du groupe de travail sur les droits et libertés, un des neuf groupes faisant partie de la conférence nationale du dialogue chargée d’élaborer un nouveau système politique au Yémen.

Il n’y a aucun moyen d’en discuterdéclare Othman, opposante de longue date aux islamistes. Les questions relatives aux droits fondamentaux, que l’occident a résolues il y a 200 ans environ, sont encore en débat et discutées ici. Mais aussi, ajoute-t-elle, de nombreux pays en Europe continuent d’interdire le mariage homosexuel, après tout.

Source : [IPS News (en)]

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